Blanca

Aujourd’hui Mardi 20 décembre 2011 la neige tombe sur Yverdon-les-Bains ; je viens d’apprendre la disparition de Blanca.

Blanca, j’ai fait sa connaissance l’hiver dernier à l’occasion d’une séance d’écriture à l’association Lire et Ecrire. Ce jour là,  jeudi 27 janvier 2011, je me souviens que Blanca a composé un poème qui exprime remarquablement son goût du jeu, de la poésie, de la fantaisie, et son envie d’écrire le présent comme les souvenirs. Aussi me suis-je réjoui cet été au détour d’une de ces rues d’ Yverdon qu’elle aimait arpenter, quand elle m’annonça son inscription à l’atelier d’écriture à partir de la prochaine rentrée.

Depuis fin septembre, nous nous sommes donc retrouvés chaque lundi ou presque. Blanca aimait raconter, partager, écouter. A l’écrit, pour ponctuer ses phrases, elle utilisait souvent le point-virgule ; comme pour exprimer, me semble-t-il, le sens particulier de la nuance avec lequel elle avait l’habitude de commenter les aléas  de la vie.

Aujourd’hui, en relisant ces textes, qu’elle aurait souhaité je pense vous transmettre,  je m’aperçois que le mot :

blanc

est le dernier mot que Blanca a écrit.

Renaud Schaffhauser

Photos

Blanca

Lundi 12 décembre 2011

Je vais raconter les histoires de trois photos qui ont été faites en 1968 au Chili et en 1975 en Suisse.

Dans la photo numéro 1 en 1968 j’étais apprentie à l’école médicale. Je suis très fière car je suis à côté de la princesse Liliane de Belgique.

Sur la deuxième photo je suis avec un groupe de dames de la Croix-Rouge de Santiago. On donnait à manger à des enfants dans la rue ! En 1970.

Photo numéro 3. A Genève, notre arrivée en Suisse avec la Croix-Rouge en 1975. Il y a beaucoup de monde et des journalistes très beaux et blonds et blancs.

Chambre

LA VIE MODE D’EMPLOI

Georges Perec

Chapitre LVII

Madame Orlowska  ( Chambres de bonne, 11 )

(…)

 La chambre est toute petite et bien rangée. A gauche, collé contre la cloison, le lit, une banquette étroite garnie de quelques coussins, sous laquelle ont été aménagés des tiroirs; puis une table en bois blanc avec une machine à écrire portative et divers papiers, et une autre table, plus petite encore, pliante, en métal, supportant un camping-gaz et plusieurs ustensiles de cuisine.

 Contre le mur de droite il y a un lit à barreaux et un tabouret. Un autre tabouret, à côté de la banquette, remplissant l’espace étroit qui la sépare de la porte, sert de table de nuit: y voisinent une lampe au pied torsadé, un cendrier octogonal de faïence blanche, une petite boîte à cigarettes en bois sculpté affectant la forme d’un tonneau (…).

 Le sol est couvert d’un linoléum rouge sombre. Les murs, garnis d’étagères où sont rangés les vêtements, les livres, la vaisselle, etc, sont peints en beige clair. Deux affiches aux couleurs très vives, sur le mur de droite, entre le lit d’enfant et la porte, les éclairent un peu : la première est le portrait d’un clown, avec un nez en balle de ping-pong, une mèche rouge carotte, un costume à carreaux, un gigantesque noeud papillon à pois et de longues chaussures aplaties. La seconde représente six hommes debout les uns à côté des autres : l’un porte toute sa barbe, une barbe noire, un autre a une grosse bague au doigt, un autre a une ceinture rouge, un autre a des pantalons déchirés aux genoux, un autre n’a qu’un oeil ouvert et le dernier montre les dents.

Quand on lui demande quelle est la signification de cette affiche, Elzbieta Orlowska répond qu’elle illustre une comptine très populaire en Pologne, où elle sert à endormir les petits enfants :

   – J’ai rencontré six hommes, dit la maman.

   – Comment sont-ils donc ? demande l’enfant.

   – Le premier a une barbe noire, dit la maman.

   – Pourquoi ? demande l’enfant.

   – Parce qu’il ne sait pas se raser, pardi ! dit la maman.

   – Et le second ? demande l’enfant.

   – Le second a une bague, dit la maman.

   – Pourquoi? demande l’enfant.

   – Parce qu’il est marié, pardi ! dit la maman.

    – Et le troisième ? demande l’enfant.

   – Le troisième a une ceinture à son pantalon, dit la maman.

   – Pourquoi ? demande l’enfant.

   – Parce que sinon il tomberait, pardi ! dit la maman.

   – Et le quatrième ? demande l’enfant.

   – Le quatrième a déchiré ses pantalons, dit la maman.

   – Pourquoi ? demande l’enfant.

   – Parce qu’il a couru trop fort, pardi ! dit la maman.

   – Et le cinquième ? demande l’enfant.

   – Le cinquième n’a qu’un oeil d’ouvert, dit la maman.

   – Pourquoi ? demande l’enfant.

   – Parce qu’il est en train de s’endormir, comme toi, mon enfant, dit la maman d’une voix    

     très douce.

   – Et le dernier ? demande en murmurant l’enfant.

   – Le dernier montre les dents, dit la maman dans un souffle.

   Il ne faut surtout pas dire que le petit enfant demande alors quoi que ce soit, car s’il a le    

     malheur de dire : 

   – Pourquoi ?

   – Parce qu’il va te manger si tu ne dors pas, pardi ! dira la mère d’une voix tonitruante.

Chambre

Blanca

Lundi 5 décembre 2011

Description de ma chambre

(à Santiago du Chili)

Ma chambre était au deuxième étage dans une vieille maison, mon lit en métal avec des couvertures en laine, des draps en coton qui étaient très froids en hiver. Cette chambre elle était petite, il y avait un tapis rouge, une petite armoire et une table pour poser mon sac d’école. Dans le toit il y avait une grande fenêtre où parfois je regardais les étoiles.

Ma mère nous faisait répéter la prière avec le chapelet le soir avant d’aller au lit. Mon papa nous chantait des chansons de l’armée.

Liste

NOTES DE CHEVET

Sei Shônagon

Sei Shônagon était une dame d’honneur appartenant à la cour impériale du Japon. Elle a écrit les « Notes de chevet » dans les premières années du 11è siècle.

18.   Choses qui font battre le coeur

Des moineaux qui nourrissent leurs petits.

Passer devant un endroit où l’on fait jouer de petits enfants.

Se laver les cheveux, faire sa toilette, et mettre des habits tout embaumés de parfum. Même quand personne ne vous voit, on se sent heureuse, au fond du coeur.

19.   Choses qui font naître un doux souvenir du passé

Les roses trémières desséchées.

Une nuit ou la lune est claire

20.   Choses qui égayent le coeur

L’aspect d’un bateau qui descend la rivière.

De l’eau qu’on boit quand on se réveille la nuit.

25.   Oiseaux

J’aime beaucoup le perroquet, bien que ce soit un oiseau des pays étrangers. Tout ce que les gens disent, il l’imite.

J’aime le coucou, le râle d’eau, la bécasse, l’étourneau, le gobe-mouche.

Le moineau à tête rouge.

La mouette.

La voix de l’oie sauvage est d’une mélancolie délicieuse quand on l’entend dans le lointain.

26.   Choses élégantes

Sur un gilet violet clair, une veste blanche.

Les petits des canards.

De la neige tombée sur les fleurs des glycines et les pruniers.

Un très joli bébé qui mange des fraises.

27.   Insectes

Le criquet à sonnettes, le criquet des pins, la sauterelle tisserande, le papillon, la libellule, la luciole.

La phalène est très jolie et charmante. Lorsqu’on approche la lampe tout près, pour lire un roman, qu’elle est gracieuse quand elle passe, en volant, devant le livre!

29.   Cascades   

28.   Rivières  

32.   Villages  

33.   Herbes

67.   Choses effrayantes

72.   Choses ravissantes

82.   Choses qui ne servent plus à rien, mais qui rappellent le passé

98.   Ecrits

109.   Choses à voir

132.   Choses qui ne font que passer

Un bateau dont la voile est hissée.

L’âge des gens.

Le printemps, l’été, l’automne, l’hiver.   


Liste

Blanca

Lundi 21 novembre 2011

Liste

1   Des vacances

2   Finir l’année 2011 en bonne santé

3   Apprendre à lire et à écrire

4   Parler des bonnes choses ou des belles histoires

5   Faire la fête

6   Aller manger au restaurant

7   Retrouver nos amies du temps passé

8   …

9   Ecouter la musique toute la journée

Liste de choses que j’aimerais écrire

1) des mots ou une histoire

Je rêve des choses impossibles, car tout à changé avec l’Histoire de l’Homme et ses inventions…

Zone

Blanca

Lundi 14 novembre 2011

Photo n°1

Je suis au jardin d' »Appartenances », en 2009, en train d’arroser les légumes et les roses.

Photo n°2

Je suis à la maison au salon avec ma meilleure copine, on parle de nos familles, on écoute de la musique, on boit du thé et …

Photo n°3

Un samedi, on se promène vers le lac, à Puerto-Mont, je vois les bateaux du sud-Chili.

Journal

Dimanche 13 novembre: je suis allée à la messe à l’église catholique.

Samedi 12 novembre: on est allés à Lausanne pour Lire et Ecrire.

Vendredi 11 novembre: je suis allée boire le thé avec le groupe.

Jeudi 10 novembre: commissions.

Mercredi 9 novembre: je n’ai rien fait.

Cortège

Blanca

Lundi 7 novembre 2011

Quand je suis seule

Quand je suis seule à la maison ou à la campagne, tout ça dépend, si c’est à la maison je parle toute seule en arrangeant des doutes avec moi-même; des doutes dans ma vie, d’autre part j’écoute de la musique folklorique et je chante. A la maison.

A la campagne je parle toute seule de tout ce que j’ai vécu dans mon enfance, les fleurs, les petites bêtes…

Surprise

Pendant mon voyage au Chili j’ai trouvé toutes sorte de changements, la ville très propre, les magasins pleins de marchandises. Les gens parlaient toute la journée de politique, les femmes pleuraient pour Kadhafi!

Dimanche 6 novembre: on se repose toute la journée avec la visite de la petite famille à la maison, le soir comme d’habitude vers dix-huit heures, une petite promenade à la gare.

Samedi 5 novembre: on mange en famille avec notre petite-fille, l’après-midi nous sommes au magasin pour faire les commissions.

Vendredi 4 novembre: j’ai fait le ménage toute seule comme d’habitude.

Jeudi 3 novembre: je me repose et regarde la télévision.

Mercredi 2 novembre: je suis allée contrôler mon pied à l’hôpital.

Mardi 1 novembre: je n’ai rien fait car j’étais très fatiguée.

Lundi 31 octobre: j’étais toute la journée fatiguée et très troublée de mon voyage car j’ai eu des surprises de toutes sortes.

Je suis née

Blanca

Lundi 3 octobre 2011

Je suis née le 15 janvier 1938, selon ce que mes parents m’ont dit ou raconté, à Coyhaique, un petit village. Je me souviens de mon père qui lisait le journal aux voisins du village, il  lisait que la guerre était finie, c’était en 1945. Nous avons fait la fête avec des grillades.

Après quelques mois nous les enfants nous avons été obligés d’aller à l’école.

En 1948 je me souviens de l’arrivée des allemands chez nous, quelle surprise! Car mes parents cultivaient la terre, plantaient des pommes de terre, du blé et des légumes.

Je me souviens

Blanca

Lundi 26 septembre 2011

1) Je me souviens dans les années 1960 d’avoir acheté une blouse en soie de couleur verte et des souliers très chers, avec mon premier petit salaire.

2) Souvenirs de cette blouse verte achetée dans une boutique à Santiago, capitale du Chili: j’étais très fière, mais quelques temps après, j’ai eu mal au coeur, car il y avait d’autres filles qui ne pouvaient pas s’ en acheter.

3) Je suis née au sud du Chili (vers la Terre de Feu). Mes parents m’ont envoyée à la capitale Santiago chez notre famille qui était économiquement bien avec l’argent, où j’ai pu me scolariser; à la capitale Santiago du Chili.