Marchandises de Chine

Le pouvoir d’une route de campagne est autre, selon qu’on y marche, ou qu’on la survole en aéroplane. Et le pouvoir d’un texte est autre aussi, selon qu’on le lit ou qu’on le copie. Qui vole voit simplement la route se poursuivre à travers le paysage, elle se déroule pour lui selon les mêmes lois que le terrain qui l’entoure. Seul celui qui va sur la route apprend de son pouvoir, et comment de ce plat espace-là, qui n’est pour l’aviateur que la plaine s’étendant au loin, elle fait surgir à chacun de ses tournants des lointains, des belvédères, des clairières, des perspectives, comme l’ordre lancé par un commandant fait surgir les soldats d’un front. Seul le texte copié commande ainsi à l’âme de celui qui s’occupe de lui, tandis que le simple lecteur ne prend jamais connaissance des aperçus nouveaux de son intériorité, tels que les dégage le texte, cette route qui traverse la forêt primitive, intérieure, toujours plus dense : car le lecteur obéit au mouvement de son moi, dans l’espace libre de la rêverie, alors que le copiste l’assujettit à une discipline. Voilà pourquoi l’art chinois du copiste fut la garantie ultime d’une culture littéraire, et la copie une clé pour les énigmes de la Chine.

Walter Benjamin, Sens Unique, trad. Frédéric Joly, Editions Payot et Rivages, 2013.

Publicités

Graine-promenée

A propos de Marchandises de Chine de Walter Benjamin

En lisant cette lecture ça me rappelle ce proverbe que mes parent disaient quand j’étais petite : « Bois-plus-haut dit qu’il voit, et Graine-promenée dit qu’elle voit encore plus que Bois-plus-haut. »

Pour moi Le Bois-plus-haut qui est grand, voit la surface de la terre. Graine -promenée qui se promène dans toutes les cachettes, découvre beaucoup plus de choses que Bois-plus-haut. Pour moi j’aime copier les textes pour apprendre et mémoriser ce que je lis, ce que je lis et écris s’enregistre. Ça nous pousse à apporter beaucoup plus d’intérêt à la lecture et à la compréhension surtout, si on veut trouver de la facilité dans la lecture et l’écriture.

On apprend plus facilement et on est plus à l’aise dans la communication avec les autres dans le monde.

Express

Marcel Proust

L’heure du train approchait. Ma solitude irrévocable était si prochaine qu’elle me semblait déjà commencée et totale. Car je me sentais seul. Les choses m’étaient devenues étrangères. Je n’avais plus assez de calme pour sortir de mon cœur palpitant et introduire en elles quelque stabilité. La ville que j’avais devant moi avait cessé d’être Venise. Sa personnalité, son nom, me semblaient comme des fictions menteuses. Et cependant ce lieu quelconque était étrange comme un lieu où on vient d’arriver, qui ne vous connaît pas encore – comme un lieu d’où l’on est parti et qui vous a déjà oublié.

Express

Robert WalserVie de poète

Il me sembla qu’avec moi, c’était, dans sa rondeur, le monde tout entier qui bougeait imperceptiblement. Tout avait l’air de marcher avec le marcheur : prés, champs, forêts, labours, montagnes, et jusqu’à la route elle-même.

Express

Blaise Cendrars, Anthologie Nègre

Chaque monticule, colline, montagne ou pic a un nom, ainsi que chaque cours d’eau, chaque vallon, chaque plaine ; discuter le sens de ces noms prendrait une vie d’homme.

Express

 

Joachim SénéParis-Angers

Ampoules vertes sur les bords des quais

lumière en bout de voie

réseau électrique câbles poteaux métal
croiser un énorme tgv de trop près souffle choc, vibration, inquiétude
barres d’immeubles disposées à la va-vite voici près d’un demi-siècle
murs anti-bruit dont on suspecte l’inefficacité, taggés
mur de pierres posées à la main, une à une, comme entre deux prairies écossaises
soudain les bois d’hiver autour de l’autoroute
panneau bleu Chartres, Nantes
talus herbeux plus très vert
une maison isolée, seule sa pelouse, sur toute la pente de cette colline, est verte, d’un vert pelouse auquel on s’attend pour une pelouse à portique et buissons de roses
une antenne relai brillante
un camion sur l’autoroute transporte une machine jaune type tractopelle plus grosse que lui
les bouleaux sont nus
quelques arbres encore en or parsèment ce paysage endormi
des nuages très bas, très gris, défilent, du fait du déplacement de mon point d’observation, à une vitesse supérieure à celle des nuages blancs plus loin, et le ciel bleu reste bleu et ne bouge pas — en fait si le train ne bougeait pas, rien ne bougerait
parfois le long pinceau d’un peuplier dénudé semble peindre le ciel
éoliennes, merveilleuses fleurs géantes ! blanches et tournantes
l’ombre sans fin des éoliennes, l’ombre des pales, plus grande que les pales, qui tourne donc plus vite que celles-ci
cour de ferme, vaches dans la boue, auges remplies
le ciel à nouveau gris, ocre clair
ciel d’aquarelle, il faudrait du blanc, du rouge, du jaune, et mélanger beaucoup
maisons à verger, maisons à potager, maisons à jardin fleuri, maisons à jeux d’enfants sur pelouse, maisons à pelouse vide, maisons à voitures
limité à 50

Express

Mercredi 22 mai 2013

 Mimi

Yverdon Chavornay Bussigny Renens Lausanne Morges Rolle Gland et les petit villages Nyon et Chambésy Genève et aéroport Coppet.

A mon arrivée à Yverdon sur les bords du quai j’ai vu des voyageurs qui attendaient le train rempli de bagages.

A Chavornay le train s’est arrêté deux hommes et une femme sont montés encore très fâchés, je me suis dit, je ne dis rien le contrôleur est arrivé a demandé leurs billets ils ont refusé de les donner.

A Bussigny la police est venue les arrêter car ils étaient très désagréables.

A Renens une amie est montée dans le train j’étais toute contente.

Lausanne, le temps était très gris, le ciel couvert.

Morges et Rolle il faisait beau.

Fascination pour la ville

François Bon

fascination pour la ville engloutie (poème)

on y perdait le jour, on y gagnait un grand calme

De tous temps les hommes avaient été fascinés par l’idée de villes englouties. Tant de contes et de légendes en découlaient. Tant d’initiatives malheureuses en avaient découlé aussi.

Pourtant, le perfectionnement des matériaux, des techniques d’assemblage, et surtout le savoir progressif qui permettait de capter un peu de l’énergie thermique ou sismique des grands fonds avait permis, dans plusieurs océans, comme une ceinture régulière, le développement de ces villes nouvelles.

Sans compter la protection qu’elles offraient contre le désordre de la surface, les guerres qui les agitaient et toutes ces catastrophes.

La demande pour rejoindre les nouvelles villes englouties étaient fortes. Mais elles-mêmes désormais, à mesure qu’elles s’émancipaient de la surface terrienne pour leurs matériaux, leur approvisionnement, leur commerce, devenaient réticentes à un développement trop massif ou trop rapide. D’autre part, s’établissait progressivement, de l’une à l’autre, un réseau de liaisons indépendantes – on s’acheminait bien vers deux mondes, un du dessus et un du dessous, mais celui du dessous était de plus en plus préférable.

On manquait d’échappées, de voyages, de distractions et loisirs ? Qu’en faisait-on, dans le triste dehors ? Et l’administration ici était simple, les décisions collectives remises à la communauté – on avait débarrassé ces bulles d’humanité restreinte d’une bonne part du couvercle et personnel politique qui grevait tant la vie dans le jour sec des villes d’en haut.

Si on avait longtemps échoué à bâtir les premières villes englouties, c’est qu’on ne les tentait pas par assez de fond, on n’osait pas assez s’éloigner des anciennes rives. Il fallait descendre où l’eau est sombre et sans jour, s’ancrer dans les fissures, aller au contact des sources chaudes, oublier la proximité et l’échange.

On reconstruisait à l’intérieur un jour artificiel qui était bien assez de jour. Les sas qui correspondaient aux anciennes portes servaient d’observatoire : ces portes et fenêtres qui ne s’ouvraient pas étaient importantes pour l’équilibre, la méditation, la solitude. Après quoi on revenait dans les bâtiments.

Pour le reste, les bornes de recharge bleues en points d’échange communauté, les lieux de contrôle, gestion et commande, voire production, ressemblaient beaucoup à ceux du monde d’en haut.

Ce qu’on avait gagné, c’est ce silence. Ce qu’on avait gagné, c’est ce calme : à quoi bon aller voir ailleurs, et de toute façon on ne pouvait pas. Et puis c’était si beau, en soi-même, dans le fond des fosses marines, ces hautes élévations compactes dont toutes les lumières (inépuisable énergie des sources marines) faisaient un monde de rêve et de vertige.

Voir le texte avec les photos sur le site de François Bon ici :  www.tierslivre.net

Fascination pour la ville

Mercredi 17 avril 2013

 Mimi

Poème

 Une ville au milieu d’Yverdon

Elle s’appelle Place d’Armes. Les ingénieurs viennent du monde entier pour dessiner cette ville extraordinaire. Ils ont décidé de faire des maisons modernes qui se trouvent uniquement à Yverdon. Il y a une piste d’atterrissage pour les touristes, la gare, les bus qui font la navette. Il y en a pour tous les goûts ici, la technologie du dernier cri, c’est la ville des savants. La vie est très agréable à Place d’Armes, on entend parler dans le monde entier de cette ville de rêve. Je vous invite à aller la visiter.

Une vie

Mercredi 13 février 2013

Mimi

 Je veux le meilleur scientifique du monde,

je veux la meilleure fondue de la Suisse dans l’hôtel le plus huppé dans la grande ville avec des gens normaux, avec des chambres splendides et une piscine,

je veux la paix dans le monde, que les hommes s’aiment qu’ils se respectent les uns les autres,

je veux une machine à café qui fait tout qui se programme pour faire le lait au cacao, toutes sortes de boisons,

c’est l’été je veux planter des légumes dans mon jardin, de toutes les couleurs, qu’ils m’apportent de la joie dans le corps et dans l’assiette, pour faire plaisir à des amis,

je veux que la terre devienne fertile pour qu’il n’y ait plus de faim sur la terre,

je veux la meilleure brosse magique pour les cils, et si cette brosse fait pousser les cheveux comme je veux quand je veux, courts, rouges, jaunes, orange, violets, noirs, et si les choses deviennent faciles, le monde pourra devenir meilleur et moi aussi.